REVEILLEZ-VOUS PICARDS

1. Caractère de l'oeuvre.

La verve volontiers mordante des populations de la Belgique du 15ème siècle s'exerçait avec prodigalité à l'égard de la gent soldatesque tant amie qu'ennemie.
Et cela est facile à comprendre si l'on sait que, depuis des siècles, nos provinces souffraient du passage des troupes les plus diverses. De là aussi vient sans doute le fond d'antimilitarisme qui sommeille dans l'esprit de chacun d'entre nous.
Cette chanson du temps du règne de Charles VIII (1483-1498) en est un témoignage.

2. Origines et Historique.

L'air de « Réveillez-vous, Picards » emprunte vraisemblablement un thème de "Réveillée" connu sous le timbre de « Marseille la Jolie ». Mais il semble qu'il ait été amputé de quelques couplets, eux aussi perdus au cours des guerres... ou du temps.

La chanson nous entraîne au pas cadencé de ces troupes mercenaires qu'il fallait sans cesse engager à l'époque où l'armée régulière n'existait pas. Ces aventuriers sans scrupules « mangeant force poulailles » et « jouant du bâton » étaient toujours à la solde du plus offrant.

Ici les voici à la recherche du Duc d'Autriche ; sans doute s'agit-il de Maximilien qui défendait, contre Louis XI, l'héritage de sa femme, Marie de Bourgogne, et dont l'action fut entravée, après Guinegate, par l'hostilité des Etats de Flandres.

Notons ici qu'au début du 16. siècle, Petrucci mit cet air à 4 parties dans une de ses publications .


3 L'harmonisation.

C'est un compositeur Belge, F.A. Gevaert, qui l'a ici harmonisée avec un goût très sûr et avec une maîtrise rarement égalée.

Compositeur notamment d'une quinzaine d'opéras, Gevaert doit surtout sa notoriété à de remarquables publications sur l'histoire et la théorie de la musique. Il fut également directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles.

Il a toujours porté un grand intérêt à ce qui touche au domaine vocal. A ce titre, nous lui devons un remarquable choix de morceaux extraits d'auteurs italiens des 17e et 18e siècles et de non moins remarquables oeuvres chorales, qu'elles soient écrites « a cappella » ou avec accompagnement.

En collaboration avec Gaston Paris qui rédigea le texte, il a fait paraître, en 1875, un recueil de Chansons du XVe siècle qu'il a transcrites en notation moderne et plusieurs d'entre elles - notamment l'oeuvre qui nous occupe - furent harmonisées.

4. Analyse Musicale.

Qu'il suffise ici de vous signaler la remarquable étude que Marcel Corneloup a consacrée à ce chant dans le N° 53 de novembre 1963 du journal A Coeur Joie français.

Paul SARTIAUX
in "Viens t'en" n° 5 - avril 1964